Actu Actualité industrie 5 min de lecture

Elektron sous le giron de Bonnier Capital : quand l'histoire se répète (mal)

La nouvelle plane sur le monde du hardware musical : Elektron, le constructeur suédois emblématique, a été acquis par le fonds d'investissement Bonnier Capital. Bonne ou mauvaise nouvelle ? J'ai mon idée.

<span>Elektron sous le giron de Bonnier Capital : quand l'histoire se répète (mal)</span>

Chers Sondiers, chères Sondières, il y a des nouvelles qui tombent et qui vous donnent un petit frisson désagréable dans le dos, un peu comme cette fois où votre carte son a lâché juste avant un enregistrement crucial. Bref. Celle-ci en fait partie, et j'avoue que mon sang n'a fait qu'un tour en la voyant passer.

Elektron, la marque suédoise que beaucoup d'entre nous chérissent pour ses machines uniques, son workflow si particulier et son grain sonore reconnaissable entre mille, vient d'être acquise par Bonnier Capital. Et là, vous allez me dire : « Knarf, c'est quoi le problème ? C'est de l'argent frais, non ? » Ah, si seulement c'était aussi simple...

Image
Elektron sous le giron de Bonnier Capital : quand l'histoire se répète (mal)

Un classique qui se répète ?

On nous annonce évidemment que tout va continuer comme avant, que l'équipe restera en place et que l'esprit d'Elektron perdurera. « Elektron continuera d'opérer comme une entité indépendante », vous dit-on dans le communiqué (très lapidaire, soit dit en passant). Mais permettez-moi d'être d'une prudence de Sioux face à ce genre de déclaration, qui est hélas devenue une ritournelle bien trop familière dans cette industrie.

Rappelez-vous Native Instruments et Francisco Partners. Le même schéma, la même promesse. Et regardez où ils en sont aujourd'hui. On parle d'un fonds d'investissement, un private equity comme on dit dans le jargon, et leur but, leur unique but, c'est de faire fructifier leur argent. Et vite. Ils ne sont pas là pour la beauté de l'algorithme, la profondeur d'un séquenceur, ou la chaleur d'un filtre analogique, vous voyez ? Non. Ils veulent un retour sur investissement, et pour ça, on sait ce qui se passe généralement : optimisation des coûts, rationalisation de la gamme, et souvent, une course vers le mainstream.

Il faut dire aussi que, dans le contexte actuel du marché du hardware musical, avec ses montagnes russes, ses pénuries et la concurrence acharnée, je comprends tout à fait que les fondateurs d'une marque iconique comme Elektron, qui a tant donné, aient envie de passer la main. De se retirer dignement, sur une île déserte avec un cocktail à la main, après avoir assuré leurs arrières. Qui ne rêverait pas de ça ? Mais c'est le signal d'une époque qui change, et pas forcément dans le bon sens pour nous autres, les home studistes.

Image
Elektron sous le giron de Bonnier Capital : quand l'histoire se répète (mal)

Un sentiment partagé (et craintif)

Sans même avoir vu les premières réactions en ligne, je me doute que la communauté des musiciens et des créateurs est traversée par un sentiment partagé. D'un côté, une forme de fatalisme, car ce genre d'acquisition est monnaie courante désormais. De l'autre, une réelle inquiétude, car l'expérience nous a montré que ces opérations se soldent rarement par une amélioration qualitative ou une innovation accrue pour les utilisateurs finaux.

Les craintes sont légitimes : peur de voir la qualité baisser, les prix augmenter, l'innovation s'essouffler au profit de produits plus grand public et moins « pointus » – ce qui ferait perdre à Elektron une grande partie de son âme et de son positionnement si singulier sur le marché.

Mon avis

Du coup, ma boule de cristal n'est pas infaillible, mais si l'histoire est un éternel recommencement, je peux déjà esquisser quelques pistes sur l'avenir, et surtout, sur ce qu'il est possible de faire de notre côté.

Les impacts, on ne les verra pas du jour au lendemain, ça, c'est clair. Il faudra sans doute deux ou trois ans avant que la patte de Bonnier Capital ne soit vraiment visible sur les produits. Mais étant donné la frénésie autour du marché du hardware et l'appétit des investisseurs, je m'attends à ce que ce fonds cherche un retour sur investissement plus rapide. Cela pourrait se traduire par des produits plus mainstream, moins onéreux à produire, et fatalement, potentiellement moins audacieux ou moins singuliers que ce à quoi Elektron nous a habitués.

Alors, si vous possédez déjà une de ces machines suédoises, vous avez potentiellement un petit trésor entre les mains. Mon conseil : ne vendez rien du tout. Ces machines risquent de prendre une valeur considérable dans les années à venir, devenant des objets de collection et des témoins d'une certaine époque d'innovation.

Et si vous hésitiez à sauter le pas pour un Digitakt, un Syntakt, un Digitone ou tout autre instrument Elektron, c'est peut-être le moment ou jamais. Avant que le catalogue ne change, avant que l'esprit ne soit dilué. Je ne dis pas que tout va disparaître demain, loin de là, mais si vous voulez l'essence pure d'Elektron, c'est maintenant qu'il faut agir. Bref, à méditer.

Knarf
À propos de l'auteur
Knarf
Fondateur - Guru in chief

Animateur principal de l'émission, SynthTuber par défaut, Knarf jongle sur une jambe avec des câbles TRS. Il faut dire qu'il sévit depuis bien trop longtemps sur Internet. Knarf réalise également la série MP3 "Les Aventuriers du Survivaure" dont les épisodes sortent environ tous les 182 ans. Son passif d'ingénieur du son de réserve et le fait qu'il soit maintenant très vieux lui confère le plaisir et l'honneur d'animer Les Sondiers.

Commentaires

DIDBOX
DIDBOX Il y a 4 mois

Je n'ai pas de machine Elektron mais j'espère pour ceux qui en on que tout ça ne va pas tout chambouler, dans le mauvais sens.

DIDBOX
DIDBOX Il y a 4 mois

Je n'ai pas de machine Elektron mais j'espère pour ceux qui en on que tout ça ne va pas tout chambouler, dans le mauvais sens.

EDIT: J'ai cliqué deux fois pour valider mon message, résultat...doublon 😳