Dossier streaming 11 min de lecture

Pourquoi vous ne devriez pas utiliser Spotify

Vous payez plus de 12 € par mois pour écouter de la musique. Mais savez-vous vraiment ce que Spotify fait de votre argent ? Faux artistes, blanchiment d'argent, drones militaires… Ce dossier vous concerne, même si vous vous fichez des artistes.

<span>Pourquoi vous ne devriez pas utiliser Spotify</span>

Soyons honnêtes : quand un artiste se plaint de ne pas être assez payé par Spotify, la plupart d'entre nous haussent les épaules. 12 € par mois pour accéder à toute la musique du monde, c'est plutôt un bon deal, non ?

Sauf que le problème va bien au-delà de la rémunération des artistes. En payant votre abonnement Spotify — ou même en utilisant la version gratuite — vous soutenez activement un système qui utilise de faux artistes pour réduire ses coûts, sert de machine à blanchir de l'argent sale, finance des drones de combat autonomes avec l'argent de ses abonnés, et aspire vos données personnelles bien au-delà du raisonnable.

Ce n'est pas un article pour défendre les musiciens. C'est un article pour vous, les auditeurs — parce que vous méritez de savoir ce que vous financez.


  Ce que Spotify fait vraiment de vos 12 €

Quand vous payez votre abonnement, vous imaginez sans doute que votre argent va aux artistes que vous écoutez. Ce n'est pas le cas.

Spotify utilise un système de prorata global : tous les abonnements sont mis dans un pot commun, puis redistribués en fonction du nombre total de streams sur la plateforme. Concrètement, même si vous n'écoutez que des artistes indépendants, votre argent finance majoritairement les hits des majors — Drake, Taylor Swift, Bad Bunny.

Et depuis 2023, c'est encore pire : Spotify ne rémunère plus du tout les morceaux qui font moins de 1 000 écoutes par an. Ça concerne les deux tiers de tout le catalogue. L'argent de ces millions de titres ? Redistribué à ceux qui en font déjà le plus.

Mais attendez — ce n'est que le début.

  Spotify vous fait écouter des artistes qui n'existent pas

Oui, vous avez bien lu. En décembre 2024, une enquête de la journaliste Liz Pelly dans Harper's Magazine a révélé l'existence du programme « Perfect Fit Content » (PFC), un secret de polichinelle dans l'industrie musicale.

Le principe est simple et cynique : Spotify commande des morceaux à bas prix à des studios partenaires, les publie sous de faux noms d'artistes, et les injecte dans ses playlists les plus écoutées — « Ambient Relaxation », « Deep Focus », « Cocktail Jazz »… Une vingtaine de compositeurs se cachent derrière plus de 500 « artistes » fictifs, dont les morceaux cumulent des millions de streams.

Pourquoi ? Parce que les données internes de Spotify montrent que beaucoup d'utilisateurs veulent juste un fond sonore. Le raisonnement de la plateforme : pourquoi payer des royalties à de vrais musiciens si les gens n'écoutent même pas vraiment ?

En clair : une partie de votre abonnement sert à financer de la fausse musique qui remplace de vrais artistes dans les playlists que vous écoutez.

  Votre plateforme préférée sert à blanchir de l'argent sale

Comme l'a documenté le musicien et vidéaste Benn Jordan, le streaming musical est devenu un outil de blanchiment d'argent à grande échelle.

Le mécanisme est redoutablement simple : des organisations criminelles convertissent de l'argent sale en cryptomonnaie, financent la publication de morceaux générés en masse (souvent par IA), puis utilisent des fermes de bots pour générer des millions de faux streams. L'argent « propre » revient sous forme de royalties parfaitement légales. C'est votre abonnement qui alimente ce pot commun dans lequel les fraudeurs puisent.

Et l'ironie est cruelle : quand Spotify détecte de l'activité suspecte, ce sont parfois les vrais artistes qui trinquent. Benn Jordan lui-même a vu ses 23 albums supprimés de toutes les plateformes du jour au lendemain — pour une fraude qu'il n'avait jamais commise. Perte estimée : 500 000 $.

  Le PDG de Spotify investit dans des drones militaires

Daniel Ek, le fondateur et PDG de Spotify, possède un fonds d'investissement personnel appelé Prima Materia. En 2024, il a investi 600 millions d'euros dans Helsing, une entreprise européenne de défense qui développe des drones de combat autonomes pilotés par intelligence artificielle.

La fortune de Daniel Ek est entièrement construite sur Spotify — sur vos abonnements. En payant Spotify, vous contribuez indirectement à enrichir un homme qui choisit d'investir massivement dans l'armement autonome.

Vous aviez juste envie d'écouter de la musique sous la douche. Et voilà que votre abonnement participe à financer des drones de guerre.

  Spotify en sait plus sur vous que vous ne le pensez

Spotify ne se contente pas de savoir ce que vous écoutez. La plateforme collecte bien plus que ça :

  • Votre voix : en 2021, Spotify a déposé un brevet pour un système qui analyse votre voix en temps réel — âge, genre, humeur, accent — pour « améliorer les recommandations »
  • Votre position : collecte systématique de vos données de géolocalisation
  • Vos autres apps : cross-tracking avec Facebook et d'autres services si vos comptes sont reliés

Même parmi les géants de la tech, Spotify se distingue négativement sur la collecte de données personnelles. Ce n'est pas un service de streaming — c'est un aspirateur à données qui diffuse de la musique en bonus.

  Vous payez premium pour une qualité médiocre

Pendant des années, Spotify a été la seule grande plateforme à ne pas proposer d'audio haute résolution. Apple Music, Qobuz et Tidal le faisaient depuis longtemps — souvent au même prix ou moins cher.

Les hausses de prix successives de Spotify ont été justifiées par des « nouvelles fonctionnalités » : une messagerie intégrée et des transitions entre morceaux gérées par IA. Rien à voir avec la qualité du son que vous payez.

Quand Spotify a finalement daigné améliorer sa qualité audio, c'est du 24 bits / 44,1 kHz maximum — qualité CD. Pas du vrai high-res. Comme le résume Florent Garcia : « C'est comme payer un abonnement premium Netflix dont la résolution maximale serait le 1080p. »

  « Je ne paie pas, donc ça va » — non

Si vous utilisez Spotify en version gratuite, vous n'êtes pas hors du système — vous en êtes le produit. Chaque pub que vous subissez génère des revenus pour Spotify. Votre temps d'écoute gonfle leurs métriques. Vos données alimentent leur machine publicitaire.

Utiliser Spotify gratuitement, c'est encore le soutenir : vous contribuez à sa base d'utilisateurs (essentielle pour les investisseurs et les annonceurs), vous générez des données monétisables, et vous participez au système de prorata qui défavorise les petits artistes.


  Et si vous êtes musicien, c'est encore pire

Tout ce qui précède suffit à justifier de quitter Spotify en tant qu'auditeur. Mais si vous êtes aussi musicien — même amateur, même à vos heures perdues — le tableau est encore plus sombre.

Spotify rémunère entre 0,003 $ et 0,005 $ par stream. Pour gagner un SMIC, il faudrait cumuler environ 3 millions d'écoutes par mois. Même les artistes ayant des centaines de milliers de streams peinent à en vivre. Malgré les annonces régulières d'amélioration, aucun artiste indépendant ne constate de hausse de sa rémunération.

Le système de prorata global signifie que les majors raflent la quasi-totalité du gâteau. La règle des 1 000 streams minimums a démonétisé 86 % de tout le catalogue d'un coup. Et le programme Perfect Fit Content remplace activement les vrais musiciens par des fantômes dans les playlists les plus lucratives.

Daniel Ek prétend défendre les « vrais artistes » tout en accueillant à bras ouverts la musique générée par IA — qui ne coûte rien en royalties. Sa définition d'un « vrai artiste » se résume à : celui qui fait beaucoup de streams. Une absurdité circulaire qui exclut l'immense majorité des musiciens.

  « Malgré les annonces de Spotify sur l'amélioration des rémunérations, aucun artiste de mon entourage n'a constaté la moindre augmentation. » — Florent Garcia

92 % des labels indépendants se déclarent fermement opposés à la politique de Spotify.

  Ceux qui ont montré la voie

On comprend que se passer du leader du marché n'est pas facile quand on est artiste. Pour beaucoup, Spotify représente une part significative de leur visibilité. Mais mettre sa musique sur Spotify, c'est participer à ce système — le légitimer, le nourrir, lui permettre de continuer.

La bonne nouvelle, c'est que plusieurs artistes ont prouvé que les vrais fans suivent, quoi qu'il arrive. En 2022, Neil Young a retiré toute sa musique de Spotify pour protester contre la désinformation sur la plateforme. Joni Mitchell, India Arie, Nils Lofgren et Graham Nash lui ont emboîté le pas. Leurs fans les ont suivis sur d'autres plateformes sans hésiter.

En 2025, le mouvement a pris une autre ampleur. Le groupe australien King Gizzard & the Lizard Wizard a retiré son catalogue en juillet, suivi par Massive Attack en septembre — un retrait mondial, pas seulement symbolique. Les groupes indie Deerhoof, Xiu Xiu, Hotline TNT et Cindy Lee (dont les disques n'existent désormais plus que sur Bandcamp) ont fait de même. Même Particle Kid, le projet du fils de Willie Nelson, a quitté la plateforme. La raison commune : les investissements de Daniel Ek dans l'armement militaire via Helsing.

C'est aussi la responsabilité des artistes qui peuvent se le permettre de montrer la voie. Pas seulement en retirant leur musique, mais en sensibilisant leur auditorat à ces problématiques et en l'invitant à considérer des alternatives plus éthiques. Chaque artiste qui prend position rend le geste un peu plus facile pour le suivant — et un peu plus naturel pour ses fans.


  Trois vidéos pour comprendre

Ne nous croyez pas sur parole — regardez ces vidéos qui documentent le problème en détail :

Florent Garcia — « Le SCANDALE SPOTIFY est-il justifié ? (spoiler : oui) »

Benn Jordan — « How Money Laundering W/ Spotify Works »

Top Music Attorney — « Benn Jordan Exposes Spotify »


  Ce n'est pas compliqué de changer

On ne vous demande pas d'arrêter d'écouter de la musique en streaming. On vous demande juste de choisir une plateforme qui ne vous prend pas pour un idiot.

  Qobuz

Française. Haute résolution réelle (24 bits / 192 kHz). Meilleure rémunération par stream du marché. Curation humaine.

  Apple Music

Lossless et Spatial Audio inclus. Rémunération supérieure. Meilleur respect de la vie privée.

  Tidal

HiFi natif. Modèle « fan-centered » : votre argent va vraiment aux artistes que vous écoutez.

  Deezer

Française. FLAC lossless. Modèle UCPS (rémunération centrée utilisateur) en cours de déploiement.

  Des outils comme Soundiiz ou TuneMyMusic permettent de transférer toutes vos playlists d'une plateforme à l'autre en 10 minutes.


  Le podcast Les Sondiers n'est pas sur Spotify

Ce sont toutes ces raisons qui nous ont convaincus de ne pas distribuer le podcast Les Sondiers sur Spotify.

En tant que passionnés d'audio et de musique, nous refusons de cautionner une plateforme qui remplace les musiciens par des fantômes, sert de blanchisserie au crime organisé, finance des drones de guerre, vous surveille et vous sert une qualité audio indigne de son prix.

Nous invitons tous nos auditeurs à boycotter Spotify et à se tourner vers des alternatives qui respectent la musique, les artistes et les auditeurs.

Retrouvez le podcast Les Sondiers sur Apple Podcasts, Deezer, Pocket Casts, et directement sur lessondiers.com. Votre abonnement est le seul vote qui compte. Faites-le compter.


  Sources

Knarf
À propos de l'auteur
Knarf
Fondateur - Guru in chief

Animateur principal de l'émission, SynthTuber par défaut, Knarf jongle sur une jambe avec des câbles TRS. Il faut dire qu'il sévit depuis bien trop longtemps sur Internet. Knarf réalise également la série MP3 "Les Aventuriers du Survivaure" dont les épisodes sortent environ tous les 182 ans. Son passif d'ingénieur du son de réserve et le fait qu'il soit maintenant très vieux lui confère le plaisir et l'honneur d'animer Les Sondiers.